décembre 8, 2025

Retour sur Poissy : une parenthèse lumineuse au cœur de l’hiver

Rencontre dédicace, solidarité et émotion avec le projet Des Histoires complètement Dindes

Petit flash back — Comment une dinde est devenue héroïne littéraire

Il y a quelques semaines, je vous racontais la naissance du projet Des Histoires complètement Dindes, cette aventure un peu folle ayant transformé une simple plaisanterie d’Instagram en un recueil caritatif porté par dix-sept auteurs.

Tout a commencé lors d’un calendrier de l’Avent littéraire imaginé par une chroniqueuse — Marie Loisel — dont les questions quotidiennes, tantôt sérieuses, tantôt délicieusement loufoques, mettaient en lumière un auteur ou une autrice par jour.

Puis il y eut la fameuse question sur la dinde de Noël : celle qui a délié les langues, éveillé les imaginaires, provoqué des torrents de commentaires inspirés ou absurdes. Une question qui aurait pu rester un simple jeu, mais qui, portée par l’enthousiasme général, a ouvert une brèche créative.

C’est là que Sonia Kermen a eu une idée aussi surprenante que lumineuse : proposer à Marie Loisel de prolonger ce moment de rire en concevant un recueil dont le fil rouge serait une dinde, Noël, et un personnage prénommé Marie — un clin d’œil tendre et joueur à celle qui nous avait réunis.

Très rapidement, l’envie de faire de ce recueil une œuvre caritative s’est concrétisée et nous avons décidé à l’unanimité que l’ensemble des bénéfices de Des Histoires Complètement Dindes serait reversé à l’association Les Enfants de la Terre, qui œuvre pour améliorer le quotidien des enfants malades ou en grande précarité sociale.

Dix-sept auteurs ont répondu à l’appel, chacun apportant sa plume, son imaginaire, son univers littéraire. Nous avons été rejoints par Julie Marchand, dont la palette de couleurs et le talent ont sublimé nos nouvelles. La quatrième de couverture, signée Claire Norton, est venue parachever cet ensemble avec une finesse qui a touché chacun d’entre nous.

De fil en aiguille, ce projet né d’une blague s’est mué en véritable aventure humaine : une année d’échanges, de travail, de relectures croisées, de messages nocturnes (décalage horaire oblige : Sonia vit aux États-Unis, Julie au Mexique), de discussions passionnées… Jusqu’à ce que l’idée d’une rencontre devienne une évidence.

Ce point d’orgue aurait lieu à Poissy, les 7 et 8 novembre 2025.

La route vers Poissy : l’attente en filigrane

Le train avait cette vibration régulière qui berce les pensées. À mesure que je m’approchais de Poissy, une excitation particulière montait : celle qui précède les moments que l’on devine importants avant même de les vivre.

Depuis plus d’un an, j’échangeais avec certaines auteures de ce projet collectif et généreux, né de l’impulsion solaire de Sonia et nourri par les couleurs sensibles de Julie. Une aventure littéraire, oui, mais surtout humaine. Et jusqu’ici, tout cela se déroulait derrière des écrans. Poissy allait enfin donner des voix, des visages, des regards à ces noms familiers.

Il y avait aussi cette conscience simple, essentielle : nous n’étions pas là pour nous. Nous étions là pour une cause qui dépasse les pages, dépasse les ventes, dépasse les dédicaces. Pour les enfants accompagnés par l’association Les Enfants de la Terre, fondée par Yannick et Marie-Claire Noah, et toujours portée par des bénévoles incarnant chaleur et continuité du soin.

Je suis arrivée à Poissy avec une valise, quelques stylos, un peu d’appréhension… et beaucoup de gratitude.

Il y a des week-ends qui s’écrivent comme des parenthèses hors du temps. Des Histoires Complètement Dindes fait désormais partie de ces moments précieux que l’on range dans la mémoire comme on garde un livre aimé à portée de main.

Poissy n’a pas été un simple déplacement littéraire. Elle a été un point de rencontre, une chambre d’échos où se rassemblaient les voix, les élans et les travaux de plus d’un an.

La librairie du Pincerais

La librairie du Pincerais : un écrin chaleureux

Lorsque j’ai franchi la porte de la librairie du Pincerais, une sensation de bien-être m’a enveloppée. Les librairies ont ce pouvoir étrange : celui de faire sentir immédiatement à leur place ceux qui aiment les mots.

Ce vendredi 7 novembre, l’air était étonnamment doux. Une douceur presque déroutante pour la saison. Et ce climat semblait s’être invité à l’intérieur de la librairie : tout respirait la bienveillance, la curiosité, la chaleur humaine.

Avec les autres auteures, nous nous étions retrouvées juste avant — un moment hors du temps.
Ces personnes avec qui j’échangeais depuis plus d’un an, ces voix familières devenues si proches, prenaient soudain corps devant moi. Nous avons ri, parlé, et parfois toutes à la fois, comme si nous devions rattraper en quelques minutes tout ce que les mois d’échanges virtuels n’avaient pu combler.

Puis vint la rencontre avec la directrice de l’association Les Enfants de la Terre.
Je garde d’elle l’image d’une jeune femme à la présence douce mais profondément ancrée, dont le regard seul semblait porter l’essence même de ce que signifie “prendre soin”.

La soirée de dédicace fut à la hauteur de cette introduction.
Les habitués de la librairie, curieux, chaleureux, attentifs, ont créé une atmosphère presque intime.
Les échanges étaient fluides, naturels, comme si chacun comprenait instinctivement l’importance du moment.

Le livre circulait de main en main.
Les sourires se répondaient.
On parlait d’écriture, de solidarité, de l’importance de donner du sens à ce que l’on crée.

Ce soir-là, la librairie vibrait probablement un peu plus fort.

Le lendemain : direction l’hôpital Robert-Debré

Samedi 8 novembre. Paris s’éveillait sous un ciel nuageux. Après un déjeuner partagé avec Sonia et Julie, nous avons pris la direction de l’hôpital Robert-Debré, conscientes que ce moment serait d’une nature différente.

L’hôpital est un lieu à part. Un espace de lutte, de soins, de fragilité, mais aussi — et c’est ce qui frappe le plus — un espace de vie.
On y ressent tout intensément.

L’association Les Enfants de la Terre y anime chaque samedi La Maison de l’Enfant, un lieu de jeu, de respiration, de répit pour les enfants hospitalisés.
Les bénévoles nous attendaient, souriants, disponibles, habités de cette énergie rare que possèdent ceux qui donnent sans compter.

Et puis il y a eu l’essentiel : les enfants.

Un après-midi à hauteur d’enfant : force et lumière

Ce que je retiens le plus, c’est leur force.
Une force tranquille, parfois insolente d’évidence, qui désarme et inspire.

Nous avons joué, dessiné, imaginé, ri. Les enfants, malgré la maladie, malgré la fatigue, avaient cette capacité à entrer dans le jeu sans transition. Une minute concentrés sur un dessin, la suivante absorbés par une histoire improbable ou une partie de babyfoot.

Je revois leurs regards lumineux, leurs mains déterminées, leurs rires clairs.

À cet instant précis, tout prenait sens. Le livre, les nouvelles, la présence… C’était peu, très peu face à ce que ces enfants nous offraient : une leçon de courage et d’instant présent.

Les bénévoles, eux, étaient les piliers silencieux : patients, constants, engagés. Leur dévouement force le respect.

On nous a remerciées. Mais la vérité est là : nous ne donnions qu’une goutte dans un océan de générosité.

Visite à hôpital Debré

Une expérience qui transforme : la littérature comme lien

Ce week-end m’a rappelé que la littérature est un pont. À Poissy, les mots reliaient les gens. À l’hôpital, le jeu reliait les cœurs. L’association reliait les mondes.

Un livre n’est peut-être qu’un objet. Mais ce qu’il crée autour de lui peut devenir immense.

Ce projet né d’une blague autour d’une dinde de Noël a rassemblé des auteurs, des bénévoles, des lecteurs, des enfants. Il a tissé une chaîne humaine. Et ce week-end l’a rendue visible.

Ce que je garde en moi

Je suis repartie avec une mosaïque de sensations : le soleil doux de novembre, le brouhaha joyeux de la librairie, les voix entrecroisées, les rires d’enfants, la tendresse des bénévoles, les regards échangés qui disent long… et cette impression d’avoir vécu quelque chose de juste dépassant de très loin le cadre littéraire.

Chapeau bas

On nous a remerciées. Mais ce sont eux qui méritent de l’être : les enfants, les bénévoles, ceux qui restent, qui jouent, qui accompagnent, qui soutiennent et qui font vivre la solidarité, jour après jour, même quand personne ne les voit.

À toutes celles et ceux rencontrés durant ces deux journées : merci.

Le mot de la fin

Deux jours intenses, chaleureux, bouleversants parfois. Deux jours à la croisée de la littérature et du réel. Deux jours où une dinde née d’une plaisanterie est devenue le symbole d’une chaîne humaine où chacun compte.

De Poissy à Paris, de la librairie aux couloirs de l’hôpital, je garde en mémoire les sourires, la lumière et la certitude que les histoires — même les plus improbables — peuvent relier, apaiser, soutenir.

Et parfois, elles peuvent aussi changer un peu le monde.

👉 Pour prolonger l’aventure, retrouvez l’interview de Julie Marchand, Sonia Kermen, RC Queen et moi-même, menée par Nelly Plateau, dans l’onglet Interview de ce site.

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