Il y a des lectures qui arrivent là où on ne les attend pas et qui nous rappellent qu’en littérature, sortir de ses habitudes peut être une très belle surprise.
Je dois l’avouer : la Fantasy n’est pas le genre vers lequel je me tourne spontanément. Je lis davantage de romans noirs, de thrillers, de récits où la psychologie, les failles humaines et les zones d’ombre occupent une place centrale. Lorsque j’ai commencé la trilogie Le Cercle de Maât de Frankie Pauly, je savais donc que je m’aventurerais sur un territoire qui m’était moins familier.
Et quelle belle découverte !
Dès les premières pages, j’ai été séduite par l’univers imaginé par l’auteure : une rencontre entre Fantasy du futur et magie de l’Égypte ancienne, qui aurait pu donner naissance à un récit complexe, voire difficile d’accès.
Il n’en est rien.
Une plume vive et un récit qui nous entraîne
Ce qui m’a immédiatement frappée, c’est la vivacité de la plume de Frankie Pauly.
Le récit est fluide et le rythme particulièrement bien maîtrisé. Les événements s’enchaînent avec naturel, les enjeux se précisent et l’histoire avance sans jamais donner le sentiment de s’essouffler.
L’auteure parvient à nous faire entrer progressivement dans son univers, sans exiger du lecteur qu’il soit familier des codes de la Fantasy. On découvre les lieux, les enjeux et les personnages au fil du récit, avec cette impression agréable d’être guidé sans jamais être perdu.
Des personnages qui ne se résument pas au bien et au mal
Mais un univers, aussi original soit-il, ne suffit pas à faire vivre une histoire.
Il faut des personnages.
Et ceux de Le Cercle de Maât m’ont particulièrement touchée.
Ils sont attachants, mais aussi complexes, traversés par le doute, leurs fragilités, leurs questionnements et leurs choix. Certains sont même engagés dans une véritable lutte contre leur propre part d’ombre.
Cette dimension m’a particulièrement séduite. C’est le genre de personnages que j’aime retrouver dans mes lectures : des êtres qui ne sont jamais totalement définis par le bien ou le mal, qui doutent, vacillent, se confrontent à eux-mêmes et doivent parfois composer avec ce qu’ils portent de plus obscur.
J’ai aimé les voir évoluer au fil des trois romans et découvrir progressivement ce que leurs parcours révèlent de leur personnalité.
Derrière la magie et l’univers futuriste, il y a ainsi dans cette trilogie des êtres auxquels on peut croire, avec leurs contradictions et leurs failles.
Quand l’égyptologie devient une véritable richesse romanesque
Un autre élément m’a particulièrement plu : les références à l’égyptologie.
Elles sont nombreuses, riches, mais surtout intégrées au récit avec finesse. Elles viennent nourrir l’univers sans jamais donner l’impression d’assister à un cours d’histoire ou à une démonstration érudite.
On sent derrière cette écriture une connaissance solide de l’Égypte ancienne, mais surtout une véritable passion pour l’égyptologie. Et cette passion est communicative.
L’Égypte ancienne n’est pas ici un simple décor exotique. Elle dialogue avec l’univers futuriste imaginé par Frankie Pauly et participe pleinement à sa construction. La magie trouve ainsi ses racines dans un passé fascinant, tandis que la dimension futuriste ouvre une autre perspective.
Ce mélange entre héritage ancien et projection vers l’avenir donne à l’ensemble une identité particulièrement singulière.
Une trilogie qui porte un regard sur notre planète
Le Cercle de Maât ne se contente pourtant pas de nous faire voyager entre futur, magie et Égypte ancienne.
La trilogie porte également une véritable dimension écologique et environnementale très intéressante.
Frankie Pauly défend, à travers son univers et son récit, une approche plus saine et plus respectueuse de notre planète et de tous les êtres qui la peuplent. Ses valeurs et ses passions trouvent naturellement leur place dans cette trilogie, sans jamais prendre le pas sur l’histoire.
J’ai apprécié cette manière d’aborder les enjeux environnementaux par le biais de la fiction. La réflexion s’inscrit dans l’univers même du récit et donne une profondeur supplémentaire à cette vision du futur.
Cette dimension entre d’ailleurs en résonance avec le dialogue entre passé et avenir qui traverse la trilogie. L’Égypte ancienne, avec ses symboles et l’imaginaire qui lui est associé, rencontre une vision futuriste qui nous invite aussi à réfléchir à notre propre rapport à la Terre, à la nature et au vivant.
Derrière l’aventure et la magie se dessine ainsi une réflexion qui mérite d’être entendue : il est encore possible d’imaginer un avenir différent, plus respectueux de notre environnement et du vivant.
Une lecture qui m’a fait sortir de mes habitudes
C’est finalement ce que je retiendrai de cette trilogie.
Je l’ai commencée avec la curiosité de celle qui s’aventure dans un genre qu’elle connaît peu. Je la termine avec le plaisir d’avoir découvert un univers qui a su me surprendre et m’emporter.
J’ai aimé la plume vive de Frankie Pauly, la construction de son univers, ses personnages complexes, mais aussi cette façon d’intégrer l’égyptologie et les valeurs environnementales à la fiction avec intelligence et naturel.
Ce que j’aime dans la littérature, c’est aussi cela : être emmenée là où je ne pensais pas aller.
Le Cercle de Maât m’a offert cette expérience.
Une trilogie à découvrir sans tarder
Le Cercle de Maât est une trilogie dépaysante et singulière, qui mêle avec intelligence Fantasy, futur, magie, égyptologie et réflexion environnementale.
Elle pourra séduire les amateurs du genre, mais aussi ceux qui, comme moi, ne se tournent pas spontanément vers la Fantasy.
Pour ma part, je suis ravie d’avoir poussé la porte de cet univers.
Et je crois bien que la Fantasy pourrait désormais trouver un peu plus souvent sa place dans mes lectures…
Une très belle découverte que je vous invite à découvrir sans tarder.
Extrait
Le cercle de Maât, tome 1, « Le temple Caché »
Chapitre 1 : Feu
C’était comme si le temps s’était arrêté.
Le décompte, égrené par toutes les horloges du monde, était retransmis sur les ondes depuis la plus célèbre d’entre elles, Big Ben. Le cœur des Terriens semblait battre à l’unisson, au rythme du son profond de la vénérable cloche. Au douzième coup de minuit, l’année 2254 serait révolue, et le premier jour de la Nouvelle Ère célébré par des festivités à travers la planète.
Aujourd’hui, au siège des Nations-Unies de Londres, allait se tenir un sommet historique pour marquer la Grande Guérison et inaugurer un tout nouveau calendrier, symbole de paix et de renaissance.
Sur le canapé de velours bordeaux, Isis s’étirait langoureusement en attendant que l’esclave lui serve son dîner. Jamais son élégant valet à la peau ambrée, douce comme la soie, n’avait laissé vide l’assiette de porcelaine de la divine Isis. Pourtant, ce soir, le scélérat semblait hypnotisé par les images qui défilaient devant lui, ignorant scandaleusement les miaulements insistants de sa féline compagne.
Debout, les mains jointes, telle une statue de bronze, Chris était envahi par une vague d’émotions contradictoires. À l’exaltation de ce renouveau planétaire et à l’anticipation d’une rentrée universitaire dans la faculté la plus réputée de Galactica, se mêlait un petit pincement d’appréhension à l’idée de quitter la confortable routine de sa vie londonienne. Il aimait cette cité accueillante aux larges artères où de majestueux monuments de pierre côtoyaient d’élégants édifices de verre aux arches métalliques. Les nombreux parcs et jardins potagers, les squares paysagés où les stations d’aérotrams et les portails de téléportation se nichaient au cœur de luxuriantes structures végétales, faisaient de Londres l’une des villes les plus vertes d’Europa.
Des voyageurs de toute la galaxie fréquentaient ses pubs chaleureux, ses auberges raffinées et ses sublimes musées. Mais ce que Chris aimait par-dessus tout, c’était les fameux kiosques à musique et les exubérantes expositions éphémères qui émaillaient la cité et la rendaient si vivante et si attachante.
Le quatrième coup de Big Ben retentit dans un bruit assourdissant. Le corps de l’éphèbe se crispa. Ses mains se croisèrent instinctivement sur l’encolure de sa tunique de satin dans un geste d’effroi. D’inquiétantes vibrations ébranlèrent l’immeuble. Chris vacilla.
La commentatrice, silencieuse depuis le début du décompte, reprit la parole d’une voix tendue.
— Il me semble avoir entendu une explosion… Nous allons vérifier avec notre envoyé spécial aux Chambres du Parlement. Martin me reçois-tu ? Peux-tu nous dire ce qu’il se passe ?
— Oui, Mary, effectivement une énorme déflagration se serait produite sur le côté sud du bâtiment.
Malheureusement, nous nous trouvons sur le podium Presse de l’entrée principale et nous sommes dans l’incapacité de voir ce qu’il s’est passé. Vous entendez sans doute comme nous les cris… Ah, nous discernons maintenant des dizaines de personnes qui semblent fuir la scène le long des quais de la Tamise et une épaisse fumée s’élève du flanc du bâtiment.
L’inébranlable Big Ben poursuivait son décompte tandis que la cambot filait vers le lieu de l’évènement, dévoilant un trou noir béant et incandescent sur le côté de l’édifice historique. Soudain, une seconde explosion retentit. Des hurlements, puis plus rien. Ni son ni image.
— Martin, es-tu toujours là ? Martin ?
La voix de Mary s’étranglait, tandis qu’un nouvel angle de vue apparaissait, affichant un spectacle d’apocalypse, un brouillard de suie dans un silence de mort, des ruines de pierres noircies, jonchées de corps et de débris. Autour, des structures en flamme. Au premier plan, une imperturbable Tamise.
Chris reprit son équilibre, ses yeux noisette rivés sur la scène qui se déroulait devant lui comme un cauchemar. Il s’assit délicatement sur le sofa. Son rythme cardiaque s’était accéléré, il manquait d’air, comme si un gant de fer lui enserrait la trachée. Il reconnut les signes d’une crise de panique et s’efforça à respirer lentement, profondément, jusqu’à ce que les symptômes s’atténuent.
Le douzième coup de minuit était passé inaperçu. La Nouvelle Ère commençait sous de sombres auspices.







