« Felicitas fragiles est… » Le bonheur est fragile…
Le bonheur est un bienfait précieux et lorsque nous expérimentons sa perte, nous regrettons de ne pas en avoir vraiment pris soin. J’ai souhaité travailler sur ce thème, dans le cadre de micro nouvelles écrites pour le calendrier de l’avent 2024 des Chroniques_de_Macadam, sur Instagram. Derrière chaque porte de ce calendrier, une nouvelle à découvrir en guise de chocolat. Une idée absolument géniale ! J’espère de nouveau faire partie des « Aventuriers » de Noël de Mac, l’hiver prochain. Une sacrée bande ! Ce sont d’ailleurs des auteurs de ce groupe que je m’apprête à rencontrer lors du salon du livre indépendant Book & Beer de Montpellier, samedi 17 mai 2025.
Lors de l’édition 2024, ma nouvelle intitulée « Felicitas fragiles est » se cachait sous la porte 8 du calendrier de Mac.. Le 8, le chiffre de l’infini, le numéro de maillot de hockey d’un de mes fils et le dernier chiffre de sa date de naissance, ainsi que le jour phare des illuminations de Lyon… Pour moi tout un symbole. Si je devais choisir un numéro fétiche, ce serait le 8. Et le 8 m’a a priori porté chance puisque lors du salon virtuel du livre de Fabien Caderbook (Noël 2024), ma nouvelle a été lauréate d’un concours.
Écrire une nouvelle : un exercice qui m’oblige à sortir de ma zone de confort
J’écris des romans qui sont de surcroît d’assez gros « bébés » Écrire une nouvelle est par conséquent un réel défi ! Écrire une nouvelle est un travail d’écriture d’une extrême minutie. Tout doit être campé, dit ou suggéré en très peu de pages. Et là, il s’agissait d’une micro nouvelle devant se situer à la période des fêtes !
J’ai failli ne pas relever ce challenge.. Puis je me suis finalement dit que mon esprit synthétique me sauverait la mise..
Une occasion d’explorer l’esprit d’un psychopathe
Aucune contrainte de style n’étant imposée, je me suis lancée dans une expérimentation. J’ai toujours voulu tenter de me glisser dans la tête d’un psychopathe sans jamais oser. J’avais probablement peur d’en être déstabilisée… Comme il s’agissait ici d’une micro nouvelle, je me suis dit que j’en ressortirais indemne ! J’ai toutefois eu quelques scrupules.
Ma nouvelle serait lue pendant la période de l’avent… Comment cela serait-il perçu ? Mon premier jet s’en est ressenti… Igor, mon correcteur, est tombé sur moi comme la peste sur le pauvre monde : « C’est quoi cette merde ? Dis ce que tu as vraiment à dire ou ne dis rien ! » Il n’est pas commode mon correcteur, mais il faut dire qu’il a bien souvent raison et qu’il sait parfaitement comment tirer le meilleur de moi. J’ai repris ma copie… plusieurs fois… Je vous laisse découvrir cette nouvelle.
Felicitas Fragilis Est
La luminosité décline.
Longues, sont les nuits en décembre.
La maison se trouve à l’orée de ce bois. Le chemin de terre permettant d’y accéder est désert, et les traces de pneus qui le scarifient sont figées par le gel. « Parfait », susurrent les voix.
Les arbres lancent au ciel leurs branches décharnées, hurlants contre cette nuit sans lune qui semble les aspirer. « Parfait ! », répètent les voix.
D’encre, sont les nuits en décembre.
Je m’approche… et m’arrête à la lisière des arbres qui jouxtent cette habitation parée pour les fêtes. Le chien de la maisonnée a providentiellement disparu. Ma présence passera inaperçue. Je suis une ombre parmi les ombres…
Le salon s’éclaire. Deux enfants surexcités pénètrent dans la pièce en sautillant, précédant leurs parents dont je devine le sourire aux lèvres. L’heure est aux festivités.
Au sapin décoré manque l’étoile sommitale. Un détail, remarqué la veille. Les enfants la déposent délicatement, hissés par les bras puissants de leur père.
Le regard vide et froid, hypnotisé, cette vie heureuse s’étale devant moi.
Les minutes et les heures s’égrainent.
Après un repas savoureux, viennent les chants de Noël, les chaussons déposés au pied du sapin et tous les rituels de cette soirée si particulière.
L’amour qui se dégage de ce salon est si flagrant qu’il en est palpable.
Mièvrerie ! Cette image d’Épinal me tord les tripes. Une bile que je dois contenir me brûle les entrailles.
Une colère sourde m’envahit, je ne serais bientôt plus que rage.
Les voix reprennent de plus belle, elles savent attiser ma haine. Elles savent comment combler ce vide abyssal en moi…
Soudain, les deux chérubins sont attrapés au vol par leur père. Leurs rires cristallins fissurent les murs, s’échappent de la maison. Les coucher va prendre un certain temps.
Je serais patient…
Le sapin plongé dans l’obscurité scintille de mille feux, puis s’éteint. Son minuteur a fait son travail. C’est au tour du mien. Un frisson d’excitation me parcourt l’échine…
« Il est l’heure ! », hurlent frénétiquement les voix.
Sanglantes, sont parfois les nuits en décembre.
Une expérience gratifiante
J’ai aimé me prêter à cet exercice. Je me sens même capable de projets dans ce style littéraire plus ambitieux, mais je tiens trop à développer mes personnages pour ne pas en être frustrée… Du moins pour l’instant.
J’ai cependant beaucoup apprécié cette incursion dans ce format littéraire et j’ai d’ailleurs réitéré mon expérience dans le cadre d’un projet caritatif. Un recueil de nouvelles pour toute la famille et au bénéfice exclusif de l’association « Les Enfants de la Terre ».
Des nouvelles pour toute la famille… Une autre façon de sortir de sa zone de confort ! Mais n’inventais-je pas des histoires à mes garçons quand ils étaient petits ? C’était une belle occasion de me replonger dans l’univers de la littérature jeunesse.
Le recueil sort en novembre prochain. J’aurais l’occasion de vous en parler.
Au plaisir, chères lectrices, chers lecteurs.


