Il existe des rendez-vous que l’on attend sans vraiment savoir pourquoi.
Ou plutôt si : on le sait très bien. Mais cela tient moins à ce qui va s’y passer qu’à ce qui s’y rejoue.
Quelque chose de plus profond.
De plus discret.
De plus essentiel.
Le salon Books & Beer, qui se tiendra à Montpellier ce samedi 2 mai, fait partie de ces moments-là.
Je l’attends avec une impatience particulière.
Pas fébrile. Pas bruyante.
Une attente plus intérieure.
Comme un point de convergence.
Parce que ce salon est spécial — à plus d’un titre.
Parce qu’il dépasse, déjà, la simple idée que l’on se fait d’un salon du livre.
Parce qu’il touche à quelque chose qui échappe aux formats.
Un lieu qui respire
Il y a des lieux qui imposent leur présence.
Et d’autres qui accueillent.
Le Réservoir appartient à la seconde catégorie.
Un espace chaleureux, vivant, presque organique.
Un lieu où l’on sent immédiatement que quelque chose circule.
On n’y entre pas comme dans un lieu anonyme.
On y entre avec une sensation familière, presque inexplicable — comme si l’on retrouvait un endroit que l’on n’a pourtant jamais vraiment habité.
Des voix se mêlent.
Des rires éclatent puis retombent.
Des conversations restent en suspens, reprises un peu plus loin, autrement.
Les murs semblent retenir des fragments de présence.
Une mémoire diffuse.
Une énergie qui ne se voit pas, mais qui se ressent.
Et c’est sans doute là que commence ce salon.
Une exigence qui change tout
On parle souvent d’auto-édition comme d’un espace de liberté.
Et c’est vrai.
Mais la liberté, ici, n’est pas un raccourci.
Elle est une responsabilité.
Écrire sans filtre éditorial, c’est aussi accepter de porter seul l’exigence.
Celle du texte.
Celle de la langue.
Celle de l’objet que l’on donne à lire.
Ce qui fait la singularité du salon Books & Beer, c’est précisément cela : une exigence assumée.
En amont, dans le regard porté sur les manuscrits.
Dans les choix opérés.
Dans ce qui est retenu — et ce qui ne l’est pas.
Pour cette édition 2026, plus de 150 candidatures ont été examinées.
35 auteurs ont été sélectionnés.
Ce chiffre n’est pas seulement un filtre.
C’est une ligne.
Il dit que l’auto-édition n’est pas un espace de moindre exigence.
Mais un territoire où la qualité de la langue, la précision typographique, le soin apporté à la couverture et à la fabrication deviennent des engagements.
À côté d’auteurs expérimentés, dix primo-auteurs ont été retenus.
Des voix qui commencent.
Des écritures encore en train de se chercher — et déjà là.
Et dans cette coexistence, il y a quelque chose de juste.
Une diversité vivante
Ce salon n’a rien d’un espace figé.
Les auteurs viennent d’Occitanie, mais aussi de toute la France, de Belgique, de Suisse et d’Espagne.
Près de deux cents ouvrages.
Autant d’entrées possibles.
Les genres s’y croisent sans hiérarchie.
Roman noir, thriller, polar, fantasy, science-fiction, romance, roman historique, poésie, jeunesse…
Mais très vite, ces catégories s’effacent.
Parce que ce qui compte ici, ce n’est pas l’étiquette.
C’est la voix.
Le regard porté sur le monde.
La manière singulière d’habiter les mots.
Une constellation humaine
Ce qui distingue profondément ce salon, ce n’est pas seulement son cadre.
Ni même sa sélection.
C’est ce qu’il rassemble.
Des auteurs, bien sûr.
Mais surtout des trajectoires.
Des chemins d’écriture qui, ailleurs, resteraient parallèles.
Et qui, ici, se croisent.
Pour moi, ce salon a une saveur particulière.
Parce qu’il est aussi celui des retrouvailles.
L’année dernière, lors de la première édition, quelque chose s’est noué.
Pas simplement des échanges.
Pas seulement des contacts.
Des liens.
Des auteurs rencontrés sur Instagram — d’abord des noms, des phrases, des fragments.
Puis des visages.
Puis des présences.
Et aujourd’hui, quelque chose de plus simple encore : une évidence.
Les “pote’auteurs”
Il y a ici une atmosphère que l’on ne fabrique pas.
Certains viennent présenter leurs livres.
D’autres viennent simplement être là.
Et cela change tout.
On parle.
On se reconnaît.
On se raconte ce qui s’est passé entre deux salons, entre deux publications, entre deux silences.
On partage aussi ce que l’on ne dit pas toujours ailleurs :
les doutes, les lenteurs, les moments où l’écriture résiste.
C’est un salon, oui.
Mais c’est aussi une rencontre annuelle.
Un point de ralliement discret.
Les passeurs
Deux chroniqueuses feront cette année le déplacement.
L’une depuis la Belgique.
L’autre depuis le nord de la France.
Leur présence dit quelque chose d’essentiel.
Les livres ne vivent pas seuls.
Ils circulent.
Ils passent de main en main.
Ils trouvent des relais.
Ces regards extérieurs prolongent l’écriture.
Ils lui donnent une autre forme d’existence.
Le public
Le public de Books & Beer est à l’image du salon.
Curieux.
Présent.
Engagé.
Ce sont des lecteurs qui prennent le temps.
Qui s’arrêtent.
Qui posent des questions.
Qui ouvrent les livres sur place, parfois, comme pour vérifier quelque chose d’instinctif.
Et dans ces gestes simples, il y a déjà une rencontre.
Une journée sous tension douce
Il y a des journées qui vibrent avant même de commencer.
On le sent dans le corps.
Dans une forme de concentration diffuse.
Dans cette manière d’être déjà un peu ailleurs.
Celle-ci en fera partie.
Mon moment à moi
Et puis, il y a ce moment.
Celui où je présenterai mon nouveau roman.
En avant-première.
Avant sa sortie officielle, le 8 mai.
Un livre encore suspendu entre deux états.
Entre ce qu’il a été — des mois d’écriture, de reprises, de silences —
et ce qu’il va devenir.
Le partager ici, dans ce contexte, lui donne une tonalité particulière.
Plus directe.
Plus vraie.
Quand le livre quitte l’auteur
Il y a toujours un moment où le livre ne nous appartient plus.
On le sait.
Mais on ne sait jamais exactement quand cela se produit.
Peut-être commence-t-il ici.
Dans un échange.
Dans un regard.
Dans une première lecture.
À partir de là, le livre se déplace.
Il devient autre chose.
Il m’apparaît alors évident de vivre cet instant « en famille », entourée de ceux qui connaissent ce moment de grande fragilité, mais aussi de grâce.
Un salon à vivre
Ce salon est aussi un lieu de vie.
Dans le cadre du Réservoir, tout invite à rester.
La grande terrasse.
La lumière qui change au fil de la journée.
Les discussions qui s’étirent sans qu’on les interrompe vraiment.
La Cantine du Réservoir, ouverte toute la journée, prolonge cette sensation de continuité.
On passe d’un livre à une conversation.
D’une rencontre à une autre.
Sans rupture.
On ne vient pas seulement pour acheter un livre.
On vient pour habiter le moment.
Informations pratiques
📅 Samedi 2 mai 2026
🕒 De 11h à 19h
📍 Le Réservoir : – 55 rue de Montels Saint-Pierre – 34070 Montpellier
Entrée libre
Parking gratuit


